Olivier Talayrach

Parfois, il apparaît que le monde soit fou et ses habitants, tous, totalement idiots, et que Soi, seul, on en connaisse la vérité, mais il est impossible de le faire savoir, car il n’est pas impossible que nous aussi soyons fou. Parfois, il est préférable de vouloir quitter ce monde, mais il semble d’abord nécessaire de devoir aller le dire, pour le répéter et rester en vie. Parfois, toutes les solutions sont équivalentes à du marketing, connues, inefficaces seulement là pour y faire croire, mais il est important d’aller en chercher une autre, ne serait-ce que pour en montrer, une nouvelle fois, l’inanité. Parfois, on a très envie de se mettre dans la peau d’un Hikikomori, mais on ne supporte pas de s’y voir isolé quand les parents ne jouent pas le jeu. Parfois, il est intolérable que d’autres prétendent savoir ce que l’on a, mais on a besoin de se l’entendre dire, sans quoi, on est perdu, et alors contre qui lutter ? Parfois, les médicaments sont des ennemis car leurs effets secondaires sont sournois, mais il possible de tromper les psychiatres si on en étudie les effets. Parfois, aucune parole ne compte, sauf celle qui répète l’envie de disparaître, mais comment faire la différence entre une parole et une autre ? Parfois, heureusement qu’il y a des écrans qui nous préservent du vide qu’il dissimule. On ne les aime pas, on déteste y avoir recours, mais sinon quoi ? Parfois, l’analyste doit être impérativement tenu en échec, il doit entendre qu’on n’a pas confiance en lui comme en aucun autre, mais il devient nécessaire d’aller le lui dire. Parfois, l’Autre est tellement près, qu’il faut aller en chercher un qui consent à se tenir à distance, et cela, par foi, peut suffire. Une addiction est-elle nécessaire à se dire ou se faire dire telle ? Ne peut-elle pas aussi couper-court à une autre ? Ne serait-ce pas, alors, une sorte de contre feu essentiel à éviter que l’incendie ne soit plus contrôlable ? 

Olivier Talayrach interviendra sur un cas clinique de sa pratique, présenté par Mathilde Braun. Lundi 21 juin 2022 à 21h. Sur inscription, ici.