Claudio Maino, Novembre 2025

L’année démarre avec une annonce importante : Coralie Haslé et Mathilde Braun prennent le relais de la coordination des Conversations du TyA. Toutes deux présentes depuis la création du groupe en 2013, elles choisissent d’assumer cette responsabilité en binôme. Le thème de l’année est : « Créations ». Pour cette séance, Coralie Haslé se charge de présenter un cas clinique écrit par Mathilde Braun, analysé à la lumière de l’article de Miller Le salut par les déchets, un texte bien articulé au cas et proposé à être retravaillé tout au long de l’année. Pierre Sidon se propose d’examiner l’usage et l’histoire du concept de « déchet » dans l’enseignement de Lacan.
Pour cette ouverture, pour ce nouveau commencement, chaque participant est invité à se présenter. Chacun évoque son lien avec la clinique des addictions et toxicomanies, ainsi qu’avec ce groupe. Certains travaillent ou sont stagiaires en CSAPA et participent à ces Conversations depuis des années. Pour d’autres, il existe (ou a existé) un lien avec le TyA en Argentine. D’autres encore rencontrent des patients toxicomanes dans le cadre du cabinet, à l’hôpital, dans un Centre d’Hébergement et de Réinsertion Sociale, un Centre Hospitalier Régional (CHR), un Centro Médico-Psychologique (CMP), entre autres… Il y a également de jeunes collègues en fin d’études de psychologie. Les participants viennent de différents pays et travaillent dans diverses régions de France et à l’étranger : psychologues, psychiatres, orthophonistes, tous orientés par la psychanalyse.
La permutation permet de revisiter l’histoire de ces Conversations dont Pierre Sidon a été le responsable – longtemps en compagnie de Stéphanie Lavigne – depuis leur création. Ce changement répond à la politique de « permutation » du Champ Freudien. Au commencement, ce travail démarre sous la forme d’un cartel, auquel Pierre est invité en tant que plus-un, puis il se poursuit sous sa forme actuelle, où le signifiant « Conversations » est mis en avant. Chaque séance s’intitule désormais : « Conversations Clinique et Addictions ».
Ces « Conversations » s’inscrivent dans un double horizon. En France, elles sont un vecteur de L’Envers de Paris qui a pour vocation le dialogue avec l’art et la culture dans la cité. Toutefois, ce groupe reste très axé sur la clinique, notamment parce qu’il s’inscrit dans le réseau international TyA, créé originellement en Argentine par des membres de l’EOL et étendu ensuite vers d’autres pays. Une différence est toutefois revendiquée par rapport au TyA outre-Atlantique : tandis que l’acronyme en Argentine signifie « Toxicomanía y Alcoholismo », en France il signifie « Toxicomanie et Addictions ». La différence est loin d’être anodine, car avec « addictions » s’explicite l’accent mis sur le sujet et son lien à la substance, plutôt que sur les substances elles-mêmes. Nous soulignons qu’il y a eu une montée en flèche des approches neurobiologiques des toxicomanies, alors que leurs conséquences cliniques restent relativement discrètes. Est évoqué à ce sujet un livre de François Gonon, Neurosciences : un discours néolibéral. Est également mentionné l’élargissement du champ de la toxicomanie, via l’usage généralisé du signifiant « toxique » dans de nombreuses relations : amoureuses, professionnelles, familiales, etc. On cite à ce propos le livre de Clotilde Leguil, L’ère du toxique.
Pour cette nouvelle année, Coralie Haslé et Mathilde Braun proposent de structurer chaque conversation en deux interventions, à partir de cas clinique, de mise à la discussion de points théoriques, de commentaires d’œuvres ou d’artistes, etc. Chaque texte sera introduit par un collègue du groupe. Elles invitent les plus jeunes à participer activement et à se lancer à présenter un texte ou à introduire celui d’un collègue, conformément à la possibilité qu’offre L’Envers de Paris de permettre aux plus jeunes de présenter pour la première fois un cas ou une élaboration ̶ un objectif qui rejoint l’esprit de la permutation.
Coralie Haslé présente le cas proposé par Mathilde Braun, d’un patient qu’elle reçoit d’abord dans le cadre d’un atelier, puis en individuel. Ce cas se lit à partir de l’opposition entre la jouissance sublimée, « élevée à la dignité de la Chose », et la jouissance « abaissée à l’indignité du déchet » (cf. J.-A. Miller). La première est une jouissance socialisée, « intégrée au lien social, au circuit des échanges ». La seconde désigne ce qui, de la jouissance, « reste insocialisable ».
Nous relevons deux interventions de l’analyste. La première concerne l’agressivité et « l’ironie féroce » du patient et permet de passer de la position d’objet de l’agressivité à celle de sujet-agent de cette violence. La seconde vise à l’introduire dans le « circuit des échanges ». On épingle « le désordre du joint le plus intime du sentiment de la vie » chez lui, isolé par Lacan dans La question préliminaire. La question se pose alors de ce qui lui permettrait de se sentir exister. L’analyste, par différentes interventions, ou en se faisant docile à ce qu’il amène en séance, lui permet de s’appuyer sur ses créations et ses objets privilégiés. Les échanges se sont conclus sur la question du reste insocialisable de toute jouissance, que l’analyste tente d’incarner, à contre-courant de la santé mentale comme le dit Miller, pour « offrir une voie inédite, plus précaire et pourtant plus sûre : le salut par les déchets ».