Mathilde Braun et Coralie Haslé, co-responsables du vecteur TyA de l’Envers de Paris

Le vecteur TyA Paris, conversations Clinique et Addiction, reprend ses activités pour l’année 2025-2026. Pierre Sidon, qui a porté et animé ce vecteur depuis sa création en 2013, nous en a transmis la responsabilité, avec l’accord de L’Envers de Paris, et nous les en remercions vivement.

Le changement, c’est souvent l’occasion d’inventer, de réinventer, d’être créatif !

Nous proposons donc cette année d’explorer la place de la créativité dans notre clinique, de repérer sa circulation dans nos institutions, d’en mesurer les effets.

Nous savons combien l’art, et les pratiques créatives en général (écriture, photographie, arts plastiques, théâtre… ) peuvent participer à l’équilibre psychique du sujet. Elles peuvent aller jusqu’à faire sinthome pour certains, bricolage permettant un nouage pour d’autres, parfois véritable suppléance au Nom-du-Père forclos. Les patients que nous rencontrons dans le champ des addictions ne font pas exception.

Comment les professionnels de notre champ se référant à la psychanalyse accueillent-ils cette créativité ? Comment la travaillent-ils ?

La question est d’autant plus importante qu’en institution, elle peut parfois être accaparée ou même abandonnée audiscours éducatif ou cognitivo-comportemental, dans son versant « soutien », « libérateur », « bien-être ». C’était également le thème du dernier congrès de la Fédération addiction [1].

L’analyste en institution a bien des choses à en dire et à en faire ! Dans le transfert, il peut s’agir d’accueillir un patient qui a déjà recours à la créativité pour se soigner, se stabiliser, ou un autre qui consomme pour créer et n’y voit pas d’alternative. Ou encore, un patient qui lâche, au moins un peu, sa solution addictive et qui découvre le recours à l’art pour traiter ce qui s’ouvre alors.

La créativité, c’est aussi pour un sujet d’inventer quelque chose pour lui, dans le langage, dans le corps, ou dans des pratiques, qui lui permet de border la jouissance ou d’en troquer une partie. Encore faut-il quelqu’un pour donner toute sa dignité à cette invention, et c’est là une place importante de l’analyste qui peut se faire lieu d’adresse, « secrétaire de l’aliéné [2] ».

Du côté de l’analyste, le face à face des entretiens demande une certaine créativité dans le cadre proposé, des aménagements à supporter pour médiatiser le regard, ou pour rendre la parole possible, mais aussi pour rendre supportable le vide laissé par la cession de jouissance de l’addiction.

Il peut également s’agir de sortir de son bureau et du face à face en proposant des ateliers. L’analyste y vise alors autre chose que l’occupation, ou le bien-être, et surtout, il en mesure les effets dans l’après-coup. Les ateliers, quand ils sont à visée thérapeutique, offrent non seulement la possibilité de se rebrancher sur les autres, de faire lien social, mais aussi celle d’appréhender l’indicible, sa part poétique, l’étrangeté que l’on est pour soi-même.

Notre vecteur sera ainsi consacré à la créativité partagée et à sa circulation dans la clinique des addictions : du côté des professionnels dans le temps des entretiens et dans celui des ateliers ; du côté des patients, dans la créativité puisée dans les ateliers et dans celle qui s’extrait des entretiens pour faire invention, trouvaille et nouage.

Nous passerons d’une clinique de la créativité à une clinique créative et inversement.

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[1] 14e Congrès de la Fédération Addiction : « Créativité, art et addictions. Des liens qui libèrent ? », 22-23 mai 2025, Angers.

[2] Lacan J., Le Séminaire, livre III, Les Psychoses, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1981, p. 233.

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Les réunions ont lieu un mercredi soir par mois du mois d’octobre à juin, de 20h30 à 22h30. Renseignements et inscriptions sur addicta.org/conversations

12 novembre,

17 décembre,

14 janvier,

11 février,

11 mars,

15 avril,

20 mai,

17 juin.

 

Renseignements et inscriptions