Après un séjour depuis 1 an et demi au CTR où il a pu se maintenir à distance de tout alcool depuis huit mois et subir le traitement d’un cancer, il a la surprise d’entendre la voix de sa mère au téléphone alors qu’il appelle son père. Il ne l’avait pas entendue depuis 2 ans. Pourquoi a-t-elle décroché ?
À la psychologue qui l’avait simplement interrogé sur sa mère, il avait répondu qu’elle avait touché juste mais qu’il n’en parlerait pas: c’était trop douloureux ; et puis il y avait le cancer. À l’entrée, à la même question il avait répondu: « ma mère ? Y’en n’a pas… y’a de l’abandon. » Et: « j’étais tout le temps dans les jupes de mon père. »
Alors il a entendu sa voix à nouveau et ils ont parlé… de leurs cancers respectifs. C’est dans les suites immédiates de cet appel qu’il a commencé d’échafauder le projet de sortir pour boire et récupérer sa carte bleue déposée dans son casier. Mais il a entendu son éducatrice référente lui parler, « de sa voix douce » et le rassurer comme elle fait usuellement : calmer sa petite voix intérieure qui le sermonne depuis toujours et lui dit : « j’avance pas ! » Alors il lui a rendu sa carte bleue. Quelques jours après, sa référente est partie en congés pour un mois, il reprend subrepticement sa carte bleue et part réaliser son projet, d’allure festive : huitres et vin blanc pour commencer. Deux jours et demi et trois litres de Ricard plus tard, rappelé plusieurs fois par l’équipe, et au bout de ses ressources financières, il revient demander à nouveau asile et raconte cette histoire, penaud et angoissé qu’on le rejette et l’exclue.
Après avoir souligné fortement l’insistance de cette phrase décisive : « j’avance pas », qu’il se répète depuis toujours, on lui annoncera, d’une voix douce, qu’on tient à lui.

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