2017, l’année de l’invasion des zombies ? Les vœux du TyA-Envers de Paris

Pierre Sidon

Sommes-nous en guerre comme l’a déclaré le Président de la République en novembre 2015 à la suite des attaques islamistes contre notre pays ? Un an déjà et une drôle de guerre s’il en est[1]. Car l’Empire a laissé place aux impérialismes comme l’indique Lacan en octobre 1967[2]. En résulte une topologie inédite des frontières et des fronts, une poussée de la ségrégation qui tente de séparer les jouissances dans un contexte de montée du racisme. De ces nouveaux « visages » de la ségrégation qui feront le thème de la Journée de l’Envers de Paris le 10 juin prochain, nous continuons de parler lors de nos Conversations Cliniques mensuelles du TyA-Envers de Paris. Car il s’agit, pour nous, pour la psychanalyse, d’expliquer sans relâche et d’interpréter le temps présent afin d’aider chacun à s’orienter dans son existence en ces temps de désorientation profonde. Ces passions qui prennent le relais des addictions, voilà ce qui nous a frappé dans les parcours de nombreux sujets rencontrés dans nos pratiques ou dans les rapports qui nous parviennent. La haine est-elle la racine de l’addiction, sa solution aussi bien ? Dans ce cas, elle emmène bien souvent le sujet dans la mort, plus rapidement et plus sûrement encore que l’addiction qu’elle remplace. Pas plus les jihadistes que les addicts ne sont reconnus comme des fous. On évite soigneusement de parler de maladie pour les premiers, car on ne saurait leur garantir ni guérison, ni à la société, quarantaine. Quant aux addicts, ils se soignent eux-mêmes. Pourtant, les terroristes sont des fous idéalistes passionnés. Et les addicts des suicidaires appliqués.

Stupéfaction. Incompréhensible : le 14 juillet 2016 un niçois, « un enfant du pays » a massivement décimé des dizaines de badauds innocents de sa ville. Dans les heures qui ont suivi, le familier s’est éloigné, le semblable s’est brouillé, la stupéfaction s’est lentement dissipée. Mais l’incompréhension est restée : une marionnette de l’info-continue ânonnait comme hébété : « on ne comprend pas, on ne comprend pas… » Puis il est devenu franco-tunisien ; et puis franchement tunisien. Mais pas encore musulman : il buvait encore de la bière. Quelques heures plus tard il était devenu taciturne et méfiant, il évitait ses voisins. Et puis l’on a noté l’apparition de comportements étranges : il avait poignardé le doudou de sa fille et déféqué partout dans l’appartement familial. D’accord ; mais il était en instance de divorce. Et même si le psychiatre qui l’avait vu à 19 ans en 2004, avait commencé à parler d’un « sentiment de début de psychose », il avait ajouté : « rien ne laissait présager un tel massacre ».

Ce n’est que plus tard qu’on apprit par bribes que « selon les personnes interrogées, [il] était un « obsédé sexuel » (sic), homosexuel même, ne pratiquant pas la religion musulmane mangeant du porc, fumant et buvant (…) très soucieux de son apparence et fasciné par la violence et last but not least : détestant même « les arabes. »[3] Enfin des témoignages de proches attestaient d’un changement brutal de son comportement seulement quelques semaines seulement avant l’attentat.

Ce sempiternel « on ne comprend pas », le même, résonne à chaque passage à l’acte qui défraie la chronique. On ne comprend pas en effet l’acte, car l’acte touche au réel. Il échappe d’abord aux représentations, au sens. De ce fait, l’acte de l’insensé est régulièrement mis au compte de cet humain qui a perdu son humanité et qu’on décrit à l’occasion comme « le monstre ». Nous y étions à-nouveau. Si l’on y rajoute le « expliquer c’est excuser », imprudemment lancé par Manuel Valls, alors il y a peu de chances de ramener les auteurs de passage dans la communauté des hommes – non pas pour les exonérer de leur responsabilité, au contraire même – mais aussi pour comprendre les mécanismes et prévenir le passage à l’acte quand c’est possible. Le 21 juillet suivant, un article paraissait dans Le Point titrant : « le renseignement face aux zombies du terrorisme ». Le terme de zombie n’y figurait que dans le titre et n’y était ni développé ni argumenté au-delà du commentaire : « une menace mutante »[4]. Devant ce réel, insupportable, en effet la tentation est grande et s’impose même, de recourir au mythe, tel celui des zombies, afin d’évoquer le passage à l’acte. L’imaginaire ne tarde pas à recouvrir le trou de l’acte que la science est impuissante à expliquer malgré l’amygdale, le cortex frontal, la sérotonine, etc.

2017 sera-t-il l’année de l’invasion de ces zombies ? Il ne tient qu’à nous de comprendre ce que l’irruption de ce mythe nous indique et à en tirer les conséquences. Le TyA-Envers de Paris entend contribuer, à sa manière, au séquençage du phénomène et à l’industrialisation du sérum. Inscrivez-vous pour participer à ce grand projet d’utilité publique. Et une bonne année 2017 !

_________________

[1] Voir notamment Kersaudy « La drôle de guerre », Magazine Le Point 4.4.2016, http://www.lepoint.fr/invites-du-point/francois-kersaudy/kersaudy-la-drole-de-guerre-04-04-2016-2029848_1931.php

[2] Lacan J, « Allocution sur les psychoses de l’enfant », Autres écrits, op. cit., p. 362-363.

[3] http://www.20minutes.fr/nice/1934251-20161001-attentat-nice-dragueur-violent-non-pratiquant-mystere-reste-entier-autour-personnalite-mohamed-lahouaiej-bouhel

[4] Labbé et Recasens, Magazine Le Point, 21 juillet 2016.

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