Cristaux de clinique :

Il n’y a plus de clinique. Que des débris d’un big bang dérivant dans l’infini des normes et des idéaux. Dans cet espace illimité nous rencontrons des paroles singulières qui sont des cristaux magiques : dans un gemme, nous lisons une vie toute entière. Et c’est avec cela que nous bricolons des montages incertains dont nous espérons la fortune avec ceux qui nous accordent leur confiance.

Addict à l’abstinence

Les consommations dans un groupe : « quel est le comportement à adopter, que ce soit de la part des résidents qui en parlent et de ceux qui entendent ? »

La passion et les drogues

Alors c’est la passion et il s’abîme dans l’idée que, n’étant pas tout, il est minable, un raté : moins que rien.

Monsieur « petit plus »

Il demande souvent un petit plus, un peu de passe droit, une exception, un traitement de faveur au CSAPA…

Rien sur ma mère

Mais il a entendu son éducatrice référente lui parler, « de sa voix douce »…

Un être cohérent

Cette passion de la cohérence, c’est cela même le nom de sa forme de folie…

Mauvais état civil

Faute d’avoir un inconscient, il a recours aux drogues pour ne pas penser ce qu’il est : difficile survivant d’une série de fausses couches.

Pour lui, le réel ne dort pas

Mais dans sa vie s’accomplit, à son insu, son destin d’objet déchet qu’aucun travail n’a pu enrayer. Pour lui, le réel ne dort pas.

Addict à la tourmente

« Bien sûr je n’attaquerai jamais une petite vieille. Mais une banque ou un supermarché… »

Huit ans que j’ai arrêté

Ces quelques phrases reproduites le plus fidèlement possible dans l’urgence absolue après un entretien avec un patient du CSAPA, valent, selon nous, mille fois mieux qu’un long traité d’addictologie universitaire. Mais à chacun ses goûts…

Ce n’est pas un défaut

Aujourd'hui il n'a rien à dire mais il est venu néanmoins décontracté et... n'en revient pas : il peut dire qu'il voit en cela un signe, celui des progrès qu'il accomplit à venir parler chaque semaine. Il est content et conclut : "le manque, ce n'est pas un défaut."...

Vital Balint

« Ce n’est pas ce que j’attends du médicament »

Qui vais-je être dans l’appartement ?

Son emploi du temps rivalise déjà avec celui d’un ministre et il se demande qui il sera lorsqu’il sera dans cet appartement dont le voisinage sait que c’est un ATR.

Point de chute

« – Est-ce que je suis rayé de l’association? »

Surmoi

J’ai arrêté de me dire ça et puis voilà : je fume plus, je bois plus !

Allocation

« – 800€ comme ça, à l’oeil ! »

Pas de crédit

« – Payer mes vitamines? Ah non ! Ils ont pas le droit ! « 

Boomerang

Il construit les boomerangs lui-même et fait des compétitions…

Abstinente de tristesse

Elle prend des drogues, stimulantes grâce auxquelles elle se déconnecte d’elle-même.

Dénégation

Elle a toujours pensé qu’il ferait « des conneries ».
Il ne l’a pas déçue.
Quand il la visite à-partir du CTR, il boit à nouveau : « j’avais peur d’elle ».

Dans la peau

« Non, je ne fais plus de rêves de consommation : le dernier n’avait rien à voir : j’étais mordu par un crotale qui m’injectait du venin… »

Sevrer ? Qui ?

« – Votre fils sevré au CTR, comment ça se passe pour vous ?
« – Je ne suis pas en manque…

« L’identité structurale frappante entre les phénomènes élémentaires du délire et son organisation générale impose la référence analogique au type de morphogenèse matérialisé par la plante. » Lacan, De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité, 1932, Le Seuil, 1975, p. 297.

« Les phénomènes élémentaires ne sont pas plus élémentaires que ce qui est sous-jacent à l’ensemble de la construction du délire. Ils sont élémentaires comme l’est, par rapport à une plante, la feuille où se verra un certain détail de la façon dont s’imbriquent et s’insèrent les nervures – il y a quelque chose de commun à toute la plante qui se reproduit dans certaines des formes qui composent sa totalité. De même, des structures analogues se retrouvent au niveau de la composition, de la motivation, de la thématisation du délire, et au niveau du phénomène élémentaire. Autrement dit, c’est toujours la même force structurante, si l’on peut s’exprimer ainsi, qui est à l’œuvre dans le délire, qu’on le considère dans une de ses parties ou dans sa totalité. L’important du phénomène élémentaire n’est donc pas d’être un noyau initial, un point parasitaire, comme s’exprimait Clérambault, à l’intérieur de la personnalité, autour duquel se ferait une construction, une réaction fibreuse destinée à l’enkyster en l’enveloppant, et en même temps à l’intégrer, c’est-à-dire à l’expliquer, comme on dit souvent. » Lacan, Séminaire III, Les psychoses, leçon du 23 novembre 1953, Le Seuil, 1981.

« Le psychotique franc, comme le normal, sont des variations – qu’est-ce qu’on va dire ? – de la situation humaine, de notre position de parlant dans l’être, de l’existence du parlêtre. L’avantage de ce point de vue, on le connaît, et Lacan l’a exploité. Il a surtout beaucoup d’avantages pour traiter la névrose. C’est établir un certain « tous égaux », tous égaux devant la condition humaine. Le psychotique n’est pas une exception, et le normal n’en est pas une non plus. » Jacques-Alain Miller, « La psychose ordinaire, La Convention d’Antibes », Agalma – Le Seuil, 2005.