Pierre Sidon

Chers amis, malgré les enjeux cruciaux qui concernent l’avenir du pays, nous continuons notre travail d’étude clinique et théorique. Lundi prochain, au lendemain du premier tour des élections présidentielles, nous nous retrouverons comme tous les mois en espérant avoir éliminé la menace fasciste qui plane sur notre pays. Car si pour pour Roland Barthes c’est la langue qui est fasciste (Leçon inaugurale), pour nous, la parole, c’est la liberté. Mais entré dans l’ère du capitalisme financiarisé, le temps contracte la différence signifiante et agrège les mots pour débiliter la parole ; deux effets s’en trouvent précipités, deux modalités : le brouillage et la masse :

– d’un côté, pulvérulence du discours : une chose et son contraire, jusques-y compris dans la même phrase : brouillage parfois cynique mais facilité par une certaine débilité (agrégation des contraires) voire schizophrénie (équivalence des contraires).

– de l’autre la tentation des novlangues (Klemperer) : le signifiant maître poussé à son extrême détachement du reste de la chaîne qui constituait jusque-là son référent : la novlangue c’est le coup d’état, réellement fasciste pour le coup. Si le signifiant, séparé par nature aspire en effet à la maîtrise et, pourquoi pas, au fascisme, d’où l’expression de signifiant-maître (Lacan), le vrai fasciste, lui, se fait maître du signifiant et réinvente nécessairement la langue pour libérer décidément le signifiant de ses adhérences à la chaîne – bien nommée – de ses semblables dont il entend s’émanciper pour les diriger tous : la novlangue, c’est l’anneau du Golum. Ce n’est donc pas tant que la langue est fasciste mais que le fasciste, c’est le maître de la langue.

Pour continuer à converser, disputer, respirer, vivre allez voter ! Aux urnes citoyens ! La République, la Nation, la patrie en danger !

Ce sera le FN ou la conversation !

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