Les nouveaux visages de la ségrégation

Le 10 juin aura lieu à Paris la Journée de l’Envers de Paris à laquelle participera le Vecteur Clinique et Addictions : 

Camilo Ramirez

S’intéresser à partir de la psychanalyse aux aspects les plus sombres de notre actualité, celle qui se présente sous la forme d’un réel dénudé et féroce, frappant sans relâche ici et là, semant la terreur de façon imprévisible, est un choix. Pour notre Association L’Envers de Paris, cela a pris la forme d’une nécessité de comprendre, notamment depuis que la ville a été touchée de plein fouet au cours de l’année dernière, marquant radicalement un avant et un après dans notre façon de l’habiter et la parcourir.
Après la stupeur et l’effroi, il est urgent de se pencher sur ces évènements qui découpent aujourd’hui le relief du monde afin d’en saisir la structure et d’en dégager la logique. Certes, ces nouvelles manifestations de la haine et de la pulsion de mort, accomplies au nom de la certitude religieuse, reconfigurent avec une virulence inédite le cours du monde et il importe de savoir si ce retour du religieux est le même que celui que Jacques Lacan avait annoncé au début des années soixante ou s’il obéit à une nouvelle logique forgée par les changements de civilisation qui ont accompagné le passage du siècle précédent au nôtre.
La chute du régime paternel avec ses idéaux tyranniques et ses binaires symboliques a laissé place à celui du pas-tout propre à l’hypermodernité avec pour corollaire l’illimité et l’égarement qu’il induit. Force est de constater que cette transition, loin de favoriser un quelconque apaisement, a donné lieu à de nouvelles manifestations où le surmoi trouve de quoi nourrir son exigence insatiable de sacrifices. Lacan avait déjà souligné que les avancées du discours de la science et l’hégémonie du discours capitaliste feraient le nid des nouvelles formes de ségrégation, terme qu’il a appareillé à plusieurs reprises à un autre, celui de fraternité : « Je ne connais qu’une seule origine de la fraternité — je parle humaine, toujours l’humus —, c’est la ségrégation. »
Comment le passage de l’ordre patriarcal à celui de la bande des frères agrège-t-il de nouvelles formes d’identifications collectives autour d’une pure volonté de mort ? Obéissent-elles toujours à la conjonction funeste entre l’objet et l’Idéal décrite par Freud dans sa Psychologie des Masses ? Pourquoi celles-ci favorisent-elles la communion voire la conversion vers une jouissance sacrificielle et toute puissante ? En quoi le réel auquel se frottent les psychanalystes dans leurs pratiques peut-il nous éclairer sur ces questions ?
Certes le domaine de la croyance n’est pas le seul où la ségrégation s’enracine. Il prend corps dans d’autres contextes liés à la migration et aux déplacements de populations, aux changements sociétaux dans les champs de la sexualité et de la parentalité, où des replis identitaires se durcissent, au nom d’une bannière politique ou d’une jouissance partagée.
Alors qu’espérer du discours analytique ? Comment reprendre à la lumière d’aujourd’hui ce que nous ont enseigné Freud puis Lacan : que l’altérité détestée et rejetée dans l’Autre ne fait qu’occulter celle qui me fait horreur et qui gîte au plus intime de moi-même, que cette zone étrangère est précisément celle que je préfère localiser dans l’Autre menaçant plutôt que de l’assumer comme ma jouissance obscure dont je dois répondre en tant que sujet ?
S’appuyer à ce que nous enseigne notre clinique et entrer en conversation avec nos invités qui apporteront leurs éclairages et leurs réflexions sur ces questions brûlantes, dessinera l’architecture de cette journée d’étude.

 

Renseignements et inscriptions en un clic sur le site de l’Envers de Paris

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