Le magazine Books se fait l’écho des mémoires inouïes d’un neuro-scientifique qui découvre, en étudiant l’imagerie cérébrale de son propre cerveau – sans le savoir -, qu’il est lui-même semblable – de son point de vue – aux tueurs en série qu’il étudie. Selon  le magazine, « la suite de ses recherches lui a appris qu’il possédait toutes les caractéristiques génétiques liées aux propensions à l’agressivité, à la violence et au manque d’empathie. Une enquête généalogique a également révélé l’existence de sept meurtriers parmi ses ancêtres. »

C’est ici semble-t-il un spectre de ressemblances entre :

  • des images cérébrales,
  • un certain profil génétique,
  • des caractéristiques psychologiques,

…qui mettent le chercheur sur la voie dudit diagnostic de « psychopathie » pour lui-même. La carrière du chercheur en neurosciences est-elle déterminée par une incapacité à se pencher sur lui-même par d’autres moyens que ceux d’un « pattern matching », c’est-à-dire d’une correspondance bi-univoque, c’est-à-dire imaginaire, entre des critères ? À ceux qui, par leur conformation mentale portée sur l’univocité, n’ont pas la capacité de faire le pas de côté qui leur permet de parler d’eux-mêmes, de pouvoir se mettre en cause, reste cette possibilité de se reconnaître dans de tels miroirs. Pis aller ? Certainement. Car la psychanalyse offre à ceux qui s’y risquent, une autre voie, celle de dénouer les identifications pétrifiantes qui empêchent le pas de côté salvateur. 

Au-delà des fantasmagories sur la cause neurobiologique ou génétiste, nous repérons un « trouble du rapport entre l’énoncé et l’énonciation » (Jacques-Alain Miller) dans certaines psychoses – et les soi-disant « psychopathies » en relevent le plus souvent. C’est parce que l’objet – la jouissance – est inclus dans la chaîne signifiante et non pas exclu d’entre les signifiants qui le détourent, que cette jouissance leste un parlêtre de son poids mortel et l’empêche de devenir sujet de son histoire (S1-S2=a). 

Publisher weekly qui a chroniqué le livre en 2013 trouve le récit de Fallon « émotionnellement plat », « paresseusement assemblé », « stérile » et qu’il jouit de raconter ses vices et sa perversité, sa méchanceté et son égoïsme : « Pour un aperçu rapide des théories actuelles de la science du cerveau et de la maladie mentale, le livre de Fallon est utile ; pour un aperçu des territoires mentaux et émotionnels étrangers, allez voir ailleurs. »

Que peut un analyste au contraire, face à cette pétrification, parfois certitude indialectisable ou holohrase (Lacan) ? Dans une psychanalyse, l’articulation signifiante difficile qui détermine les points d’arrêt de la dialectique caractéristique des psychoses est remplacée par l’articulation Certitude-Analyste (S1-S2). L’analyste est le kinésithérapeute de l’âme : il masse les points de nouage, les contractures , il casse les fibroses, défait les adhérences et dénoue les brides qui limitent le glissement de signifiant sur le signifié. Il permet de nouvelles attaches moins défavorables à la vie.

Mais si vous n’avez pas d’analyste sous la main, comme James Fallon, faites-vous scanner.  

The Psychopath Inside: A Neuroscientist’s Personal Journey into the Dark Side of the Brain, par James Fallon, Current, 2013.

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