Hélène Deltombe

Le groupe TyA-Envers de Paris remercie Hélène Deltombe et Betina Frattura qui organise le séminaire Temps de Pratiques Inédites, Association Cause freudienne CAPA, à Lille, d’avoir confié à son site la publication d’échos de leur travail. Nous publions ici l’intervention de la première de ces rencontres qui a eu lieu le 7 février 2015. D’autres suivront. On peut lire sur ce même site, la présentation générale du Séminaire.

 

Au-delà des traumatismes que chacun peut rencontrer dans son existence – des événements marquants, des paroles qui blessent, des relations qui troublent, des violences – l’adolescence est en soi une période traumatique car, au moment de s’arracher à sa famille et d’envisager son avenir, l’adolescent, dans l’incertitude et l’angoisse de la solitude, est pris dans des conflits intimes entre idéaux, recherche d’amour, volonté de jouissance, et il se sent désorienté, ce qui favorise la formation de symptômes et les passages à l’acte. Et cela d’autant plus qu’à la puberté, les pulsions se signalent avec violence et font vaciller l’équilibre que le sujet avait plus ou moins conquis durant l’enfance et la période de latence. C’était pour une bonne part un équilibre imaginaire qui ne va plus suffire pour répondre aux questions qui deviennent essentielles : comment quitter ses parents, comment rencontrer l’Autre sexe, comment assumer sa propre sexualité, qu’est-ce que l’amour ? L’adolescent découvre sa fragilité.

Dans son article « Pour introduire la discussion sur le suicide », Freud parle des « substituts aux traumatismes »[1] qu’il est nécessaire d’inventer pour que les adolescents traversent avec succès cette période périlleuse de leur existence. Il ajoute qu’il faut trouver « un substitut à la famille et éveiller l’intérêt pour la vie à l’extérieur »[2] car cette période de la vie que Freud fait courir de dix à dix-huit ans, est faite de « transformations douloureuses », de « pressentiments » et « d’errements ». C’est une phase dans laquelle il considère qu’il faut pouvoir trouver des consolations dans la culture, non seulement pour traverser cette période mais aussi parce que c’est pour « plus tard une consolation sans égale dans les combats de la vie »[3].

Qu’en est-il pour les adolescents qui n’ont pas bénéficié d’un bain de culture ? Si « les substituts aux traumatismes » ne sont pas constitués d’appuis sur un savoir, ils risquent d’être du côté de l’imaginaire et du réel : l’adolescent tente de faire pièce au manque, au vide, dans son rapport au corps, par une recherche parfois forcenée de jouissance. Le rapport à l’objet est au premier plan au détriment du rapport au signifiant. Les addictions viennent apaiser l’angoisse que suscitent les transformations et les questionnements de cette période, mais empêchent de lancer un appel à résoudre une souffrance intime.

La rencontre avec un psychanalyste permet à l’adolescent de formuler ce qui fait traumatisme pour lui : les dires de ses parents, les pulsions qui le débordent, la question du désir de l’Autre, mais aussi le poids de la jouissance de l’Autre. Le discours analytique suscite une parole propre à restituer au sujet sa part de vérité et un savoir sur son être à partir des formations de l’inconscient qui surgissent – lapsus, actes manqués, rêves.

L’adolescent, lorsqu’il se perd dans une recherche de jouissance pour contrer l’angoisse et le vide qu’il ressent, ne parvient plus à discerner les coordonnées de son désir. C’est le cas de cette adolescente dont l’entrée dans le dispositif analytique a favorisé progressivement un processus de parole l’amenant à s’extraire de l’impasse de sa jouissance pour mettre à jour les coordonnées de son désir jusqu’à pouvoir en faire son destin. Ce qui m’a intéressée, c’est de m’orienter de son rapport à la jouissance et d’en découvrir la logique afin d’y discerner ce que pourrait être le fil de son existence, elle qui avait décroché à l’adolescence.

Lors de nos premières rencontres, Amélie est entrée en titubant dans mon bureau. Elle s’est assise, les yeux fixés au plafond, avec un sourire extatique exprimant la jouissance de tout son être, ce qui la rendait absente en ma présence. Sous l’empire de drogues dures, elle restait dans un immobilisme et un mutisme qui s’éternisaient. Elle était venue me rencontrer par égard pour un ami d’enfance qui ne supportait pas de la voir partir à la dérive et lui avait parlé de son analyse entreprise depuis deux ans, la pressant de s’y mettre. Mais elle était loin de pouvoir répondre à cet espoir qu’il nourrissait pour elle, car elle témoignait au contraire de sa fierté de mener une vie marginale. Pourra-t-elle s’extraire de la jouissance de l’objet pour se mettre sur la trace de ses coordonnées signifiantes inconscientes avec lesquelles elle pourra alors cerner cet objet ?

Elle m’indique par bribes les modalités de sa toxicomanie, qui est un cocktail de substances. Elle a commencé à se droguer depuis plusieurs années. D’abord des « joints », des drogues douces, avec de l’alcool, puis ensuite des drogues dures. De plus en plus souvent, elle vit dans la rue, y dort parfois, traîne avec ses compagnons d’errance à la recherche de drogue. Elle m’indique son inquiétude car elle a été amenée à augmenter les doses, et à réduire l’intervalle de temps entre les prises de toxiques, tant la sensation de manque lui est insupportable. Elle ne supporte aucun sevrage, c’est une douleur insupportable, l’objet oral semble être son objet de prédilection, au point que « la tendance à la mort soit vécue comme l’objet d’un appétit »[4]. Je l’écoute avec une bienveillance discrète, sans porter de jugement.

Enhardie, Amélie risque une demande, en bafouillant péniblement quelque chose : que je l’aide à « obtenir le bien-être ». Elle voudrait obtenir plus de jouissance encore, ce qui a suscité ma surprise : serais-je donc pour elle le sujet supposé savoir obtenir la jouissance ? Sa question prouve en tout cas qu’elle ne parvient pas à se mettre dans une autre logique que celle d’une recherche de jouissance toujours plus parfaite. Amélie formule une demande de bonheur qui n’avoue pas son nom, c’est une demande de jouissance absolue. « Mais, indique Jacques Lacan, il ne suffit assurément pas d’aspirer à la jouissance sans entraves, s’il est patent que, pour tout être inclus dans le langage et l’ustensile, la jouissance ne peut s’articuler que dans le registre inhérent à l’un et à l’autre, ce registre de reste que j’ai défini comme le plus-de-jouir »[5].

C’est ce qu’elle ne parvient pas à prendre en compte. Néanmoins, dans ses moments de lucidité, elle est saisie d’angoisse à l’idée de ne plus avoir de place nulle part. Et c’est au fil des rendez-vous qu’elle découvre peu à peu l’importance que quelqu’un soit là, veuille entendre sa détresse. Je la presse de m’expliquer ce qu’elle veut dire par là – trouver le bien-être –, et je fais confiance à sa parole, je sais que ses signifiants vont logiquement surgir et prendre le pas sur sa volonté de jouissance. Le désir de l’analyste ne peut trouver sa voie qu’en s’articulant à cette quête, il s’agit « de faire de la jouissance une fonction et de lui donner sa structure logique »[6]. Le moindre signe d’elle m’offre l’occasion de l’interpeller, mais au début elle n’exprime que l’envie d’« atteindre le nirvana ». Cette demande est dans la logique de son fantasme auquel elle subordonne tout, y compris notre rencontre.

D’où lui venait cette volonté effrénée de jouissance ? Elle s’est saisie de cette question, et peu à peu, elle a évoqué des souvenirs, apportant ainsi la preuve que « le symptôme est d’abord le mutisme dans le sujet supposé parlant » et que « c’est dans le mouvement même de parler que l’hystérique constitue son désir »[7]. La relation transférentielle s’est établie, les prises de toxiques se sont espacées, grâce au désir de reconstituer clairement le fil de son existence.

Enfant, elle observait les relations entre ses parents, leurs disputes, et ne supportait ni la violence de son père à l’égard de sa mère, ni que celle-ci se laisse faire. C’était sur ce mode symptomatique que ses parents s’accordaient. Elle constatait une discorde qui faisait pour elle objection au rapport sexuel et se demandait ce qui pouvait bien les unir. Elle les épiait la nuit par la porte ouverte de leur chambre, se laissant captiver par la scène primitive. Elle en avait déduit que la jouissance sexuelle était ce qui faisait rapport sexuel, développant à l’excès son imaginaire sur ce plan. Elle se rendait compte que ses rêveries enfantines avaient été exacerbées par sa jalousie, elle était dépitée de son isolement face au couple de ses parents.

Amélie avait donc l’idée qu’elle allait connaître « la vraie vie » dès qu’elle aurait des relations sexuelles. Elle était bonne élève, sans effort, mais la vie scolaire lui paraissait sans intérêt car elle n’y recevait pas de lumière sur ce qui lui importait. Aussi s’est-elle lancée très jeune à la conquête des garçons pour donner forme à son idéalisation de la pulsion sexuelle[8]. Et à douze ans déjà, elle faisait le mur de chez elle, ou séchait des cours. Passant malgré tout de classe en classe, elle avait quitté le lycée au cours de la Terminale pour couper avec ses habitudes de rencontres et d’addictions, et préparer son baccalauréat dans un lieu tranquille, ce qui lui avait tout juste permis de l’obtenir. C’est dire qu’elle se protégeait du pire, conservant une certaine vigilance pour ne pas se mettre complètement hors-jeu.

Insatisfaite, Amélie ne cessait néanmoins de multiplier les rencontres car elle continuait à croire à « l’Un de la relation rapport sexuel »[9], ne voulant pas reconnaître que la jouissance sexuelle est marquée par l’impossibilité de l’établir. Ce fantasme était pourtant déjà battu en brèche par de mauvaises rencontres, la mettant en danger. Cependant, elle avait toujours l’espoir d’être comblée. « Ce que l’hystérique refoule, dit-on, c’est la jouissance sexuelle. En réalité, elle promeut le point à l’infini de la jouissance comme absolue. »[10] Elle témoignait ainsi de son refus d’assumer le fait que toute relation se noue dans la dimension du ratage, puisque c’est à chaque fois « la rencontre chez le partenaire des symptômes, des affects, de tout ce qui chez chacun marque la trace de son exil […] du rapport sexuel »[11].

La période de son adolescence s’est soldée par la faillite de sa quête, et ses déceptions répétées l’ont fait glisser vers des garçons qui consommaient alcool et drogues douces, puis drogues dures. Prendre des substances toxiques avec un partenaire sexuel lui a donné un temps l’illusion de réaliser son fantasme de jouissance absolue, mais bientôt elle n’a plus eu de relations sexuelles, le phallus n’étant plus au rendez-vous. Elle a plongé avec ses compagnons d’infortune dans une jouissance auto-érotique mortifère, désertant sa propre existence.

Cette dimension de la jouissance devient particulièrement difficile à traiter pour chacun dans notre société qui a mis au centre de ses préoccupations la quête de jouissance : le bonheur, le bien-être, le confort, la sécurité. En témoigne le discours dominant dans les médias, dans la publicité et même dans les tropismes actuels qui pousse à une consommation sans limite. Cela dit, c’est une composante propre à l’adolescence d’être pris dans la question de la jouissance, Freud la met au centre de ce qui se joue pour chaque adolescent ainsi qu’il le développe dans ses Trois Essais sur la théorie de la sexualité. C’est bien une des composantes de la vie qui surgit de façon intense chez chaque adolescent, pris dans les remous de la puberté.

Un des premiers effets de la parole dans le dispositif analytique a été de donner statut de symptôme à son addiction qu’elle s’est mise à évoquer comme souffrance, révélant avoir fait plusieurs tentatives de suicide, témoignant ainsi que « l’hédonisme est un rêve » et que « la jouissance au-delà du principe de plaisir indique l’horizon de la pulsion de mort »[12]. Elle qui vivait son addiction aux produits toxicomaniaques comme un idéal de vie partagé avec sa génération éprise de liberté, dans la révolte contre toutes les valeurs établies, en découvre la dimension symptomatique, et cela a des effets d’ouverture, avec la découverte de vérités à explorer à partir de ce qui fait symptôme, et qui est énigmatique.

Pour elle, comme pour tout adolescent qui a fait de la jouissance sa visée principale, se séparer de l’objet de jouissance a créé un vide, avec la nécessité d’affronter avec courage la jouissance dans sa dimension de symptôme. L’angoisse a surgi, la poussant à élaborer son roman familial dans le dispositif analytique pour explorer ce symptôme qui « se trouve à la place du manque de rapport sexuel »[13], ce qui permet à un nouveau savoir d’émerger.

L’expérience analytique lui a permis d’exhumer des souvenirs de sa prime enfance. Il lui est revenu qu’elle était traitée comme une petite reine par ses parents et qu’elle en profitait à outrance. Objet d’une tendresse excessive de la part de son père, elle se montrait insatiable, suscitant la jalousie de sa mère. Elle ne supportait pas les frustrations, les contraintes, elle écartait violemment sur son passage tout ce qui la gênait. Elle avait fait subir au chien de la maison les pires avanies et il s’était montré docile. Elle s’est rappelé les occasions où elle se sentait transportée sur le mode du ravissement, comme lors d’une fête autour d’un feu qui l’avait plongée dans un état hypnotique dont ses parents ne parvenaient pas à l’arracher.

Elle a rassemblé ce qu’elle savait de son père, ne manquant pas de l’interroger sur ce qu’elle ignorait encore : fils unique, juif d’origine, il était resté caché à Paris, tout petit enfant, avec ses parents, pendant la guerre de 39-45. Il avait perdu sa mère à la fin de la guerre, morte de froid et de faim. Pendant cette période, dès qu’il avait pu le faire, il sortait seul dehors pour chercher à manger et glaner des informations. Devenu physicien, homme érudit, elle le décrivait comme ne cessant de lire et de s’informer, et prenant appui sur ce savoir là pour se conforter dans l’idée que l’humanité allait à sa perte. Cela faisait horreur à Amélie, son admiration pour son père se doublant alors d’hostilité, car elle attribuait le cynisme et la violence de son père à cette lucidité même. Elle observait aussi que la culture de sa mère restait sans incidence, vu sa position masochiste avec son mari. Elle en a conçu du dégoût pour le savoir, s’est sentie justifiée de vivre selon ses impulsions.

Il s’agissait de lui faire entendre que, si ses motifs de recul face au savoir étaient sérieux, elle s’en servait néanmoins d’abri pour conforter un mode de vie. Le défaut d’efficacité du savoir de ses parents ne la dispensait pas de s’aventurer vers ce qui pourrait l’éclairer et l’orienter.

D’ailleurs, elle eût à prendre en compte les identifications à ses parents – masochiste comme sa mère, violente comme son père – ce qui ouvrait la voie d’un nouveau savoir, le savoir inconscient. Elle qui se réveillait la nuit en hurlant sans savoir pourquoi et disait ne jamais rêver, se précipite un jour en séance avec un rêve : « Mon père me poursuivait. Je voulais me suicider et je tranchais la gorge de mon père ». Amélie découvre par ce rêve le traumatisme que constitue pour elle la relation à son père, elle interprète sa dérive addictive suicidaire, elle s’extrait de ce qu’elle est comme « symptôme du couple familial »[14]. Elle veut résoudre l’angoisse que suscite l’amour mortifère de son père. Elle s’aperçoit par la suite que le véritable conflit n’est pas entre ses parents et elle, entre son père et elle, mais bien en elle-même, entre ses impulsions et sa raison, entre jouissance et savoir.

Sa morbidité se réduisant, Amélie commence à prendre au sérieux la question du savoir, en considérant d’un nouvel œil son choix d’études. Après son bac, elle s’était inscrite aux Beaux-arts au motif que c’était la filière qui la dispenserait de la nécessité de faire appel au savoir. Elle croyait qu’il lui suffirait de se laisser aller à sa libre expression. Mais son état ne lui permettant pas de suivre le moindre cours, ce n’est que l’année suivante, après s’être à nouveau inscrite, qu’elle a commencé à explorer la dimension inconsciente de son rapport à l’art. Adolescente, elle modelait des personnages grimaçants, exprimant les différentes facettes de la douleur, mais ce sont des objets qu’elle a détruits lors de crises de colère contre ses parents, ou quand elle se sentait trop seule, en les brisant contre les murs et les miroirs, comme pour exorciser sa souffrance.

Prenant la peine de suivre les cours à la Faculté, elle s’est mise aussi à peindre. Ses toiles étaient très sombres, non figuratives, alors qu’elle m’avait dit ne pas supporter l’art contemporain car l’éclatement des formes l’angoissait. Je lui ai fait remarquer qu’elle passait de modelages figuratifs à une peinture abstraite. L’expérience analytique, tout en la mettant sur les traces signifiantes de son existence, lui ouvrait la voie d’une expression picturale touchant à sa jouissance.

Au cours de l’analyse, son père est tombé gravement malade. Affaibli, il ne parvenait plus à se débattre contre les terreurs de son enfance, laissant percer son angoisse, ce qui produisait chez Amélie des effets subjectifs délétères qui se déployaient dans les séances, mais dont la part d’indicible passait dans sa peinture, sur un mode non figuratif témoignant de « l’irreprésentable »[15] que son père avait fait peser sur elle, sachant que : « Ce qui a eu lieu ne peut être ni figuré, ni dit »[16]. Si le tableau, traditionnellement, est une fenêtre sur le monde comme l’est le cadre du fantasme, la peinture abstraite « fait tableau d’un hors histoire »[17], « consiste dans le projet de faire tableau de l’absence d’objet »[18]. Ainsi participe-t-elle à « l’art, non comme le lieu d’une consolation, d’un oubli ou d’une trahison, mais au contraire comme ce lieu où l’irreprésentable viendrait à se montrer. »[19]

Amélie trouve une forme d’expression qui est de son invention et qui fait suppléance au rapport sexuel qu’il n’y a pas. Sa peinture sans aucun sens a un « effet de sens » – celui de prendre en compte une période de l’histoire et ses effets subjectifs –, « un effet de jouissance » – elle est passionnée par son expérience artistique, elle expose ses toiles –, et « un effet de non-rapport sexuel » – elle parle d’art avec des compagnons, elle est avec eux dans une conquête de savoir, et non plus dans « une demande de bonheur » selon la logique de son fantasme. Elle a découvert un moyen d’expression qui fait sinthome dans son existence par le lien trouvé entre sens, jouissance et non-rapport sexuel. Ce sinthome est ce qui lui permet de consentir au fait qu’entre les êtres humains, les parlêtres, selon le terme trouvé par Lacan, il n’y a pas de rapport sexuel.

Le réel de sa jouissance a été évidé par l’avancée de sa parole dans le dispositif analytique, et Amélie a retrouvé le fil de son désir ainsi qu’une forme de lien social qui s’y accorde. A la question : qu’est-ce que le langage ? Lacan donne dans le Séminaire Le sinthome une définition : « Le langage est lié à quelque chose qui dans le réel fait trou. C’est de cette fonction du trou que le langage opère sa prise sur le réel. Il n’y a de vérité possible que celle d’évider ce réel »[20].

La psychanalyse permet au langage de trouer le réel, c’est-à-dire de faire effraction dans le réel qui envahit le sujet lors d’un traumatisme, ou face à la jouissance de l’Autre, ou encore par le masochisme et la pulsion de mort à l’œuvre. En trouant le réel, le langage permet de constituer un savoir en place de vérité du sujet.

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[1] Freud S., « Pour introduire la discussion sur le suicide », Résultats, idées, problèmes, Tome I, Paris, PUF, 1984, p.131.

[2] Ibid., p.132.

[3] Freud S., « Sur la psychologie du lycéen », Résultats, idées, problèmes, Tome I, Paris, PUF, 1984, p.227.

[4] Lacan J., « Les complexes familiaux dans la formation de l’individu », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p.35.

[5] Lacan J., Le Séminaire, livre XVI, D’un Autre à l’autre, Paris, Seuil, 2006, p.90.

[6] Miller J.-A., « Une lecture du séminaire D’un Autre à l’autre », Revue la Cause freudienne n°65, Paris, Navarin, 2007, p.105.

[7] Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, opus cité, p.15.

[8] Lacan J., Le Séminaire, livre XVI, D’un Autre à l’autre, Paris, Seuil, 2006, p.214.

[9] Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, Paris, Seuil, 1975, p.13.

[10] Lacan J., Le Séminaire, livre XVI, opus cité, p.335.

[11] Ibid, p.132.

[12] Laurent E., « Les enjeux du Congrès de 2008 », Lettre mensuelle n°261, septembre/octobre 2007, p.8.

[13] Lacan J., « La Troisième », Lettre à l’EFP n°16, p.187.

[14] Lacan J., « Note sur l’enfant », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p.373.

[15] Wajcman G., « L’art, la psychanalyse, le siècle », Lacan, l’écrit, l’image, Paris, Flammarion, 2000, p.35.

[16] Ibid.

[17] Ibid., p.42.

[18] Ibid., p.44.

[19] Ibid., p.48.

[20] Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, opus cité, Paris, Seuil, mars 2005, p.31.

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