Mathilde Braun

Il s’agit ici du personnage d’Alia, un pseudonyme choisi par cette femme qui témoigne dans le livre Les sex addicts aux côtés de son conjoint James, pp. 173-207. Les deux cas seront discutés le lundi 12 janvier 2015 à notre Conversation Clinique et addictions du TyA-Envers de Paris.

sex addicts

Voici, dans un premier temps, les éléments biographiques donnés par Alia, sans commentaires, puis, dans un deuxième temps lors de notre conversation, j’en donnerai un éclairage clinique.

Alia a 23 ans lorsqu’elle rencontre James. Elle est algérienne, d’un milieu « ultra » favorisé. Elle a reçu une éducation stricte.

Son père est alcoolique, addict.

Sa mère a perdu sa propre mère à 1 an. Elle veut tout contrôler. Elle est dans une dépendance affective très forte à sa fille qui doit répondre à sa détresse. Elle la culpabilise de manière « hystérique ». Elle lui fait du chantage au suicide lorsqu’Alia part poursuivre ses études à Paris et recommence lorsqu’Alia lui annonce son mariage avec un français. Elle accuse sa fille de l’abandonner, lui demande de l’appeler tous les jours et refuse la présence du mari d’Alia lors de l’enterrement du père de cette dernière.

Alia a grandi dans une culture où la virginité est très importante. A 23 ans, lorsqu’elle rencontre James, elle est vierge.

Arrivée à Paris, elle se sent très seule, ne connait pas beaucoup de monde. Elle ne veut plus dépendre de sa mère, ne veut plus rien demander à ses parents, elle veut sortir de son milieu ultra privilégié. Elle a besoin de liberté.

Pour payer son loyer, elle fait comme une copine, elle propose des massages sur internet.

Rapidement, les hommes qu’elle masse lui en demandent plus, ce à quoi elle répond, avec comme limite à ne pas franchir, sa virginité. Elle se bornera donc à proposer des fellations, tout sauf la pénétration.

Alia est belle, les hommes sont nombreux à la demander. Elle aime le jeu de séduction qu’elle entretient sur internet avec les hommes, elle aime provoquer leur désir.

Elle les sélectionne sur leurs fautes d’orthographe, elle veut des hommes instruits, qu’elle pensait « respectueux » si « éduqués ».

 

Alia rencontre James, en 2005, six mois après ses débuts sur internet. C’est un client qui demande les services d’une escort girl pour une fellation.

Elle trouve chez James la figure paternelle qu’elle cherche. Il la rassure. Elle est touchée par sa timidité, le trouve gentil. Elle aime son regard très franc, son côté rock’n roll et son humour bienveillant. Elle a trouvé son « mentor sexuel », son « pygmalion ». Elle arrête la prostitution.

Avec lui elle est prête à tout, elle découvre qu’elle est sans tabou. Elle accepte toutes les demandes d’expériences libertines de James, jusqu’au mélangisme, mais pose comme limite qu’il n’y ait pas de pénétration hors couple, qu’il ne fasse pas jouir une autre femme qu’elle.

Assez vite après leur rencontre, Alia ressent comme un malêtre, elle se dit que sa sexualité avec James n’est pas tout à fait normale, faire l’amour avec d’autres couples ne la rassure pas. Elle revoit d’anciens clients, « pour se rassurer ». Huit mois après leur rencontre, James découvre Alia en sanglots, elle lui dit « j’ai fait la pute ».

James va l’aider à perfectionner ses annonces, ça l’excite. Alia continue épisodiquement à se prostituer.

En 2008, James et Alia se marient. Très vite Alia se pose des questions, elle voit que James ne peut se satisfaire d’une simple relation avec elle. Elle se sent mal.

Au cours d’une relation mélangiste avec un couple d’amis, James a laissé l’autre femme avoir un orgasme. Alia le vit comme une trahison et met un coup d’arrêt à ces pratiques. James revoit alors en cachette des escorts girls. Alia ne se sent plus désirée, pense que James n’aime plus le sexe, qu’il est toujours déçu en dehors des expériences extrêmes. Elle a calculé qu’en 2010 ils n’ont fait que trente fois l’amour dans l’année. Elle se prostitue de plus en plus, jusqu’à deux fois par semaine, en cachette de James.

En 2011, lors d’un voyage d’Alia chez sa sœur en Algérie, elle découvre que James voit une escort girl. C’est une trahison, elle est terrassée. En rentrant, elle fouille tout et découvre la liaison de James et de l’escort. Tout s’effondre pour Alia, elle ressent une violente douleur au ventre et se dit qu’elle va mourir.

Elle tape « addict sexuel » sur internet et découvre qu’il existe une maladie qui s’appelle « dépendance sexuelle ». Elle tombe sur le nom d’un psychanalyste spécialisé, elle prend rendez-vous pour son mari, mais va à ce premier rendez-vous seule. Elle comprend, dès la première séance, qu’il y a un autre addict dans la famille : elle. Elle commence un travail thérapeutique. Dès lors qu’elle peut nommer sa maladie : « dépendance affective », elle arrête la prostitution, ce qui laisse un grand vide dans sa vie. Elle s’intéresse alors à la psychologie et entreprend des études de psychologie.

Elle prend ses distances avec sa mère, lui dit son mal-être puis, quelques mois plus tard, lui écrit pour lui dire qu’elle ne pouvait pas jouer les filles idéales toute sa vie. Cet envoi est un soulagement pour Alia.

Lorsque James reconnait enfin qu’il est malade, lorsqu’elle le voit pleurer comme preuve de sa souffrance, elle prend le contrôle sur sa vie tout en se détestant de faire ça : mouchard sur le téléphone et l’ordinateur, vérification de tous les comptes, etc. Elle dit : « je lui ai littéralement coupé les couilles ». Elle tentait, dit-elle, de reproduire le même schéma de contrôle que sa mère.

Ce n’est que lorsqu’Alia accepte la maladie de James, donc la possibilité de rechute, qu’elle peut arrêter le contrôle.

En plein sevrage, il devient difficile pour James d’avoir des relations sexuelles fréquentes avec Alia. Elle dit « maintenant, on a trouvé une belle relation charnelle, très simple. Et je me sens bien. » Sa survie ne dépend plus de son couple. Elle est devenue indépendante !

Ils veulent tous les deux avoir un enfant.

A propos de la prostitution, Alia dit qu’elle allait chez ses clients comme on flirt avec le suicide.

Elle dit qu’elle avait l’impression de se jeter dans la gueule du loup et en éprouvait une grande excitation.

Elle dit d’elle que chez elle, loin de Paris, elle était une princesse, et qu’au bout de 6 mois dans la capitale, elle est devenue une pute.

Elle a passé sa vie à se dire : « Je ne deviendrai pas comme ma mère, je n’épouserai pas un alcoolique, un addict ! ». Elle réalise qu’elle a fait exactement la même chose, elle a épousé un addict sexuel.

Elle se dit que si elle n’avait pas pu sauver son père, elle sauverait au moins son mari.

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