Mathilde Braun & Stéphanie Lavigne

Deux textes sur le thème de la « Bientraitance » et un cas clinique ont été mis à la conversation ce 2 juin :

Bientraitance : j’écris ton nom, de Pierre Sidon

La bientraitance : définition et repères pour la mise en œuvre, de Juliette Cruchon

Ne pas être né, cas clinique présenté par Stéphanie Lavigne.

 

Le cas clinique, présenté par Stéphanie Lavigne, met en jeu et analyse la fonction de la drogue pour ce sujet. Mme O. vient consulter au CSAPA lors d’une énième hospitalisation, avec l’impératif « il faut que j’arrête ! » le cannabis qui apaise, l’alcool et les boissons énergisantes qui donnent un sentiment de vie.

Mme O. traite le laisser tomber initial auquel elle a eu affaire et qu’elle ne peut subjectiver, à l’aide de ces différents produits. Son énoncé concernant sa naissance marque d’emblée la faute endossée par le sujet.

Dernière d’une grande fratrie, elle n’a pas connu sa mère dont elle a été séparée à la naissance. Une mère dont les nombreuses hospitalisations ont rythmé sa vie.

Mme O. est divorcée, mère de quatre enfants, elle vit seule avec les deux derniers.

La première hospitalisation de Mme O. survient quelques années après le décès d’un des enfants, mort in-utéro à 8 mois et demi de grossesse. Cet évènement, fait surgir, dans le réel, son non être et la perte de l’Autre primordial impossible à symboliser, sous la forme de l’objet chu. Nous apprendrons que Mme O. se met régulièrement en danger  mettant en jeu un « se laisser tomber ». Chaque fois, le mélange d’alcool et de boissons énergisantes lui apporte la désinhibition et l’excitation nécessaires au sentiment de la vie qui lui manque, mais qu’elle ne peut supporter car alors elle incarne l’objet chu et c’est la TS.

Sur l’autre versant, le cannabis, en l’isolant, apaise la perte voulue par l’Autre, mais alors trop proche de l’objet déchet elle est hospitalisée.

Même si dans les deux utilisations du pharmakon, la mortification du sujet est prégnante, nous dit Stéphanie Lavigne, les fonctions d’une certaine tranquillité, et d’un sentiment de vie l’orientent plutôt vers une visée d’une éventuelle régulation de jouissance plutôt que vers un idéal d’abstinence.

Sur la Bientraitance :

En préambule, Mauricio Rugeles Schoonewolff nous informe qu’en espagnol, le mot « bientraitance » n’existe pas, seul celui de « maltraitance » existe. Ainsi, en Espagne on s’attache à ne pas maltraiter, quand en France il s’agit de bientraiter. Comment ne pas faire du mal se traduit par comment faire du bien.

Pierre Sidon nous rappelle que c’est par le biais de l’idéologie de l’évaluation que la bientraitance s’impose avec force dans les institutions du champ médico-social. Mais l’évaluation est chronophage, elle tend à diminuer le temps de travail avec les patients qui deviennent des usagers à satisfaire. Avec les questionnaires de satisfaction, il est désormais fait appel à leur Moi (quelles sont mes opinions, comment je me sens, suis-je satisfait, un peu, beaucoup, pas du tout) alors que le travail de la parole se passe du côté du Réel, dans les failles du dire.

Comment la psychanalyse fait avec cette nouvelle configuration, qui transforme le discours du Maître (qui dit ce qu’il faut penser) en discours de l’Université (qui engendre une prolifération de savoir auto référencé) ?

« Il ne faut pas vouloir le bien du patient », a insisté Lacan à la suite de Freud. En effet, dans le passage au mot « bientraitance », l’amour est aux commandes, avec son versant de haine et les conséquences qui en découlent. En instaurant un idéal féroce du côté de l’amour du prochain, le bien de l’usager, c’est tout le personnel de l’institution qui est mis à mal.

Au Réel hors sens sur lequel s’appuie le travail avec les patients pour tenter de construire des points de capiton, la bientraitance impose une recherche de sens qui ne peut être qu’illimitée, donc maltraitante.

Enfin, Juliette Cruchon a fait un gros travail de lecture et de résumé pour nous de La bientraitance : définition et repères pour la mise en œuvre, document produit en 2008 par l’ANESM (agence nationale de l’évaluation et de la qualité des établissements et services sociaux et médico-sociaux) en tant que « recommandations de bonnes pratiques professionnelles ».

Nous vous recommandons vivement de lire son article.

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